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Le cododo, c'est la vie!

Il y a maintenant un peu plus de deux ans, je vous racontais mes débuts dans le "parentage proximal" avec un petit bébé. Maintenant, Pamplemousse va bientôt avoir deux ans et demi, le temps est venu de faire un petit bilan. Bien sûr, ceci n'est qu'une expérience tout à fait personnelle, mais, qui sait, peut-être sera-t-elle utile à certains parents qui pourraient vouloir choisir le même chemin.

À presque deux ans et demi, Pamplemousse est toujours allaité. Il dort avec ses parents toute la nuit depuis qu'il a cinq mois et demi. Nous n'avons pas de poussette, toutes les promenades se font à pied/en écharpe/sur les épaules. Et j'ai repris le travail (pour montrer que toute cette philosophie n'est absolument pas incompatible avec la reprise d'une activité professionnelle) depuis que Pamplemousse a 10 mois. Il va chez une nounou certains jours depuis qu'il en a 15. Voilà. :-) Comment tout cela s'est-il passé?

Le choix de l'allaitement prolongé

Lorsque Pamplemousse est né, je n'avais aucun projet d'allaitement. Enfin, si, je savais que je voulais essayer. Le début a été difficile parce qu'à sa naissance, nous n'avons pas pu faire la "tétée de bienvenue". Il a dû être conduit en pédiatrie à cause d'une petite infection et là, on l'a nourri à la seringue, d'abord de lait industriel (une fois, je crois), puis de colostrum et lait maternel dès que j'ai pu en tirer. Il lui a fallu une semaine pour apprendre à prendre le sein, et ce furent de gros efforts. Mais grâce au soutien des sages femmes et à leurs techniques, nous y sommes arrivés et... C'était parti!

Je n'ai toujours pas de plan d'allaitement. Chaque jour est un jour nouveau, qui apporte son lot de questions (heureusement, j'en ai quand même beaucoup moins aujourd'hui! Mais qui sait ce qui se produira demain?) et sa propre réponse. Nous avons rencontré de petits obstacles (réflexe d'éjection fort qui faisait pleurer Pamplemousse au sein et a demandé quelques ajustements techniques après consultation d'une consultante en lactation, mastite...) mais rien de grave. Rien qui pèse quoi que ce soit face aux bénéfices de l'allaitement, encore aujourd'hui. Les bénéfices physiologiques, d'une part.  Les tétées sont encore nutritives, il prend bien du lait, plusieurs fois par jour, et ce lait est toujours aussi riche et adapté à sa physiologie. Il y a aussi les bénéfices immunitaires. Intéraction enzymatique pour la flore buccale, puis intestinale du bébé, ajustement du taux de globules blancs produits dans le lait en fonction de l'état de santé du bébé, qui informe le corps de sa mère via sa salive pendant la tétée...
Mais en fait il n'y a rien qui pèse face à l'immense joie de cette relation d'allaitement, cette explosion d'ocytocine qui transforme chaque tétée en câlin absolu, instant d'ici et maintenant où rien ne comptent que la tendresse et l'amour. C'est comme ça. Même maintenant, la tétée est toujours ce petit feu d'artifice hormonal qui me fixe dans l'instant présent avec bébé. Pour moi qui entre facilement "dans la zone", me laissant submerger par mes occupations et préoccupations, ce retour au réel (parmi d'autres! s'occuper d'un enfant est un ancrage au réel permanent) sous forme de "moment calme rien qu'à nous" est une soupape bienvenue.
Alors j'entends d'ici les adeptes de la psychanalyse tous scandalisés de cette affirmation décomplexée de la dimension "câline" de l'allaitement, aux lèvres la dénonciation d'une "fusion" dommageable à l'enfant... À ceux-ci, je ne répondrai qu'une chose : vos gueules. Allez lire de la science, la vraie, celle qui expérimente et mesure, celle qui a mis au point la théorie de l'attachement et foutez-moi la paix en attendant. Bisous.

Donc, pour clarifier : oui, quand j'allaite, je suis à fond dans la relation avec mon petit, on est dans notre "bulle". Cette bulle se met en place quelle que soit la raison de la tétée : faim, contrariété, frustration, peur, besoin de câlin. Cette bulle n'exclut pas le papa : Pamplemousse adore téter en sandwich entre papa et maman, la tête vers maman, le bras sur ou autour de papa. Oui, évidemment, ça n'est pas possible très souvent à part la nuit, mais c'est pour "casser" un peu le mythe de l'exclusivité. Mais surtout, cette bulle ne s'étend pas au delà de la durée de la tétée, et le bambin qui vient de boire son petit lait repart à l'aventure plus ragaillardi que jamais. La tétée est un moyen hyper pratique et facile de remplir le réservoir d'amour qui sert de sécurité à l'enfant, son carburant pour explorer le monde (je vous conseille les excellents livres d'Isabelle Filliozat, comme "J'ai tout essayé", qui expliquent très bien le mécanisme et donnent les sources et explications neurobiologiques). La tétée est un "super-câlin" qui remplit ce réservoir vite et fort. Et quand c'est fini, l'enfant a tout le carburant nécessaire pour avoir le courage d'explorer le monde : cette tétée qui semble le relier de manière "fusionnelle" à sa maman ne fait que lui donner le courage de s'en séparer. Eh oui. Et ça marche du tonnerre.
Un exemple? Si Pamplemousse pleure à l'idée d'aller chez sa nounou (oui, puisque ses deux parents travaillent, forcément...), une tétée arrange tout et il dit même parfois au-revoir avec le sourire juste après. La tétée libère, donne confiance, comme un câlin rappelle à l'enfant que sa base d'attachement sécure est là pour lui. C'est juste que là, c'est un vraiment gros câlin.

Et concrètement, comment ça se passe, à deux ans? Je dirais, toujours un peu pareil qu'avant, sauf que c'est beaucoup moins fréquent. OK, je n'ai jamais compté les tétées. Mais je suis certaine qu'il n'y en a plus vingt par jour! Il y en a le matin, peut-être deux, trois, cinq ou une seule par jour (ça dépend de ma présence, des éventuelles contrariétés de la journée etc), et puis le soir et la nuit (je reviendrai sur les tétées de nuit en abordant le cododo). Bien sûr, il y a la tétée de retrouvailles après une séparation (avec papa c'est le câlin et la séance de jeu de retrouvailles) : celle qui chasse toutes les tensions, remplit le réservoir d'amour/assurance qui s'est vidé au cours d'une période où il a fallu prendre sur soi pour bien se tenir chez sa nounou, composer sans se plaindre avec les autres enfants... La meilleure tétée.
Donc, beaucoup moins de tétées qu'au début, naturellement. Plus aucun problème de "fuite" de lait : je peux travailler toute la journée sans souffrir de ce désagrément (par contre, pas plus! Au soir d'une bonne journée de travail, il faut soit que bambin tète, soit tirer le lait). Au début de l'allaitement, je devais porter des kleenex dans mon soutif en permanence (amis du glamour, bonjour), maintenant je suis libre.

Je n'ai toujours pas de plan d'allaitement. Je me dis que ce serait chouette de tenter le sevrage naturel mené par l'enfant. On verra. Demain est un autre jour.

Le cododo

À la naissance de Pamplemousse, le cododo me faisait peur, car j'avais lu toutes les recommendations pédiatriques contre. Et puis, une sage-femme de l'hôpital m'en a expliqué la technique. Ensuite c'est l'extrème naturel de la chose qui s'est imposé. Après avoir développé une méthode plus ou moins efficace pour déposer un bébé endormi dans son berceau, je me suis mise à garder bébé auprès de moi après les tétées du matin, pour dormir encore un peu - oui, la méthode pour le remettre dans son berceau à côté de notre lit le réveillait une fois sur deux...
Et puis... Bébé a eu cinq mois et demi et il s'est passé quelque-chose de très troublant : lui qui avait toujours fait des nuits assez régulières, avec au moins cinq-six heures, voire sept ou huit de sommeil d'affilé, il s'est mis à se réveiller toutes les heures! Catastrophe. Quand je l'entendais se réveiller, je restais à côté de lui voir s'il se calmait spontanément. Puis je le caressais doucement. Puis je le prenais pour lui faire un câlin. Puis je me rendais compte que seul le sein le calmait. Il avait faim de lait ou de contact, mais une faim dévorante. Du coup, j'ai consulté la puéricultrice de la PMI, qui m'a fait tout un cours sur la nécessité de distinguer, je cite, les pleurs de besoin des pleurs de désir, parce que vous comprenez ma bonne dame, on doit répondre aux besoins des enfants, mais si tous leurs désirs sont satisfaits, alors ce sera la catastrophe, ils se transformeront en monstres tous-puissants, de vrais enfants-rois et blablabla. J'ai hoché la tête, et puis je me suis rendue compte qu'à quatre heures du matin, après m'être levée toutes les heures, je ne savais toujours pas distinguer les "pleurs de besoin" des "pleurs de désir". Et en pleine journée si j'avais dormi non plus du reste. Et puis de toutes façons, ai-je besoin de le dire? Cela entrait en totale contradiction avec les études que j'avais lues, selon lesquelles ne pas répondre aux pleurs des bébés entraînait un état de stress dommageable pour son cerveau, point barre (quand je repense à cette foutaise de "pleurs de besoin/pleurs de désir" chez un bébé de cinq mois, c'est moi qui ait envie de pleurer de tant de connerie). Du coup, j'ai écrit au forum de la Leche League, où l'on m'a répondu de façon beaucoup plus efficace : "as-tu pensé au cododo?" (et après coup, quand j'ai enfin lu le fabuleux "Serre-moi fort" du pédiatre Carlos Gonzalez, j'ai appris que ce pic de pleurs du bébé allaité à 6 mois était complètement normal, qu'on n'en connaissait pas la cause réelle, que ça passait tout seul et que le cododo était la bonne réponse).

Le cododo, je le pratiquais donc un peu le matin ou pour les siestes de la journée, mais j'en avais encore peur, tout en sachant que cette peur était irrationnelle puisque j'avais lu des études qui démontraient ses avantages. Poussés par la nécessité, en respectant scrupuleusement les normes de sécurité, le papa de Pamplemousse et moi avons décidé de tenter. Et ce fut une révélation. Plus besoin de se lever la nuit. JA-MAIS. L'endormissement est devenu un pur moment de bonheur : des câlins jusqu'au sommeil et puis plus besoin de bouger le nourrisson après l'endormissement au sein, il ne se réveillait plus avant la première tétée de la nuit. Les tétées ne réveillaient plus papa, puisqu'il n'y avait pratiquement plus de pleurs. Elles me réveillaient à peine moi-même. Nous avons retrouvé nos nuits. Adieu fatigue! Et même si, aujourd'hui encore, il reste d'éventuelles tétées nocturnes (surtout en cas de maladie), elles ne nous dérangent pas. Et se rendormir avec un bout de chou lové contre soi, c'est juste... magique. Les nuits sont magiques (par contre, pour les moments câlins de couple, mieux vaut avoir une solution de rechange, style chambre d'amis).

Les bénéfices de tout ça, en terme de vie quotidienne?

Nous ne saurons jamais quelle est la part de sa personnalité innée dans cet état de fait, mais Pamplemousse est un enfant calme. Il a supporté jusqu'ici sans broncher toutes les situations plus ou moins bizarres dans lesquelles on l'a traîné. À quatre mois, il nous accompagnait en festival pour la promo de notre web série. Il restait avec nous sur le stand, et si nous avions besoin de le calmer, une tétée avec maman ou une promenade en écharpe contre papa a toujours sauvé la situation et permis de passer le week-end complet en douceur et sans pleurs. Il dormait avec nous dans des lieux inconnus, après avoir passé la journée entouré de gens inconnus, avec des horaires complètement instables. Ça ne lui posait et ne lui pose encore aucun problème. Récemment, je l'ai emmené, seule avec une amie qu'il ne connaissait pas, en festival dans un lieu inconnu. Nous avons dormi sur le sol du salon inconnu de gens inconnus, où on nous a conduits à une heure complètement indue. Il n'a pas versé une larme, n'a manifesté aucun stress : il suffit que maman soit là pour être tranquille et dormir. Maintenant, ça marche aussi avec papa, en tous cas le matin (on n'a pas encore essayé l'endormissement du soir).
Le repère de Pamplemousse, ce sont ses parents, pas les lieux ni les horaires. Et pourtant, il supporte la séparation et va sans problème chez sa nounou (ok, il pleure parfois au moment de la séparation, mais c'est bien normal et il ne pleure plus après). Chez elle, il fait la sieste (à côté d'elle sur le canapé, soit. Il dort parfois avec les autres, mais il aime moins, clairement). Avec sa grand-mère, il dort parfois. Avec son papa, il préfère jouer et louper la sieste. C'est comme ça. Quand il est fatigué, il vient me chercher et dit "Maman, téter" (jusqu' il y a quelaues mois, il le disait en langue des signes, apprentissage qui a beaucoup facilité la communication avant qu'il parle). Je luis réponds "téter et dodo?". Il fait "oui" et m'entraîne vers la chambre.

Avec l'allaitement, pas besoin de paniquer si on a oublié le goûter (oh les parents indignes qui oublient une fois sur deux) ou la bouteille d'eau. Ou pire, si le dîner n'arrive pas parce que la cuisine a pris plus de temps que prévu ou qu'on est au restaurant un peu tard. Alors oui, ça m'oblige à être là, avec lui, tous les jours, au moins un peu. Je ne peux pas partir en week-end seule ou seule avec papa sans risquer de mettre à mal ce bel allaitement. C'est vrai. Mais jusqu'à présent, ça ne m'a pas manqué. Sérieusement, je peux m'absenter une journée sans aucun souci, ça me suffit. Je n'ai pas envie de le laisser pour une nuit. J'aime trop nos nuits. Et ni son papa ni moi n'avons envie de partir en vacances sans lui : nous avons envie de partager avec lui, pas le laisser à part. Il sera toujours temps de l'envoyer en vacances chez la famille quand il sera sevré, rien ne presse, il y a trop de formidables moments à profiter (bon, mais si j'étais obligée ou si je voulais vraiment des vacances seule, je pourrais tirer mon lait pendant son absence, ça ne pose pas de soucis). :)

Bref, n'en déplaise aux personnes mal informées qui prétendent que le parentage proximal, et particulièrement l'allaitement, ramène les femmes au foyer, c'est faux (d'ailleurs, il suffit de voir le modèle nordique, où après un congé parental certes long mais partagé de six mois à un an, ce qui permet un parentage proximal à plein temps pendant la période la plus sensible de l'enfant, les femmes sont aussi présentes que les hommes sur le marché du travail). L'allaitement est un excellent atout pour donner à l'enfant des "super-câlins" qui, au contraire des idées reçues, rendront plus supportable pour lui et pour ses parents la séparation inévitable du retour à l'emploi. Il l'a en tous cas été pour nous, indéniablement, et l'est encore! Encore faut-il, pour que cela se passe facilement, avoir eu le temps de bien établir cet allaitement et de sortir de la phase où les fuites de lait se produisent à tout bout de champ. Ensuite, tout est question d'organisation. Le papa de Pamplemousse n'a pas eu la chance de pouvoir, comme moi, réduire un peu son temps de travail comme il l'aurait souhaité, mais nous nous sommes toujours arrangés pour qu'autant que faire se peut, Pamplemousse profite de larges temps de jeu et de soin (bain, change, repas...) avec son papa exclusivement aussi. Et là aussi, le parentage (paternage, donc!) proximal, via le portage notamment, n'a qu'aidé à construire un équilibre épanoui. :-)

Si quelque-chose était à refaire? Je ne changerais rien. Ah si : on commencerait le cododo bien plus tôt! ^^

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