La semaine prochaine devrait avoir lieu le vote définitif d'Hadopi. C'est l'occasion de revenir un peu sur ce projet de loi. Il est à rejeter pour deux raisons :
- Il est loin d'être évident que la copie illégale d'oeuvres artistiques nuise à la vente de ces oeuvres. En effet,
plusieurs études indépendantes (dont des études universitaires internationales) montrent que les personnes qui téléchargent le plus sont aussi celles qui achètent le plus, et que l'effet de la copie gratuite illégale n'est pas aussi évident qu'il y paraît. Dans certains cas, le "piratage" (
affreux contresens puisqu'il n'y pas, contrairement à ce que dit la pub, de "vol" lors de la copie, mais de la contrefaçon) pourrait même
favoriser les ventes (d'après une étude commissionnée par le gouvernement néerlandais). Certains artistes exploitent d'ailleurs le filon en prenant les devants et proposant eux-même leur travail en version "gratuite" et légale, sous licence ouverte ou libre, comme les "
Nine Inch Nail", ou tous les artistes de
Dogmazic (musique),
Kassandre,
Inlibroveritas (littérature).
Cet argument de "manque à gagner" semble surtout un prétexte falacieux des majors de l'industrie artistique pour ne pas remettre en cause leurs méthodes et leurs lignes éditoriales, alors que ce serait probablement la vraie solution à leur problèmes (voir :
une thèse qui étudie les raisons de la baisse des ventes de l'industrie du disque)
- Dans le cas où la copie illégale serait la cause d'une baisse des revenus des artistes, et que l'on décide de l'empêcher, la "riposte graduée apparaît non comme une solution "douce et raisonnable", mais comme une dérive liberticide. Premièrement, les "pirates" seraient identifiés grâce à leur adresse ip, or cette adresse peut cacher plusieurs personnes. Deuxièmement, l'accès à internet est un "droit fondamental" reconnu par
le parlement européen et
la ligue des droits de l'homme, or l'organisme de contrôle, Hadopi, est une administration non-judiciaire. Il est inadmissible que l'on compte priver les citoyens d'un droit fondamental sans même un procès. Troisièmenent, couper l'accès internet d'une maison, d'une collocation, ce n'est pas punir le "pirate", mais toute sa famille, sa fratrie, son conjoint, ses collocataires, qui sont potentiellement innocents. La justice (si l'on peut appeller ça de la justice) est peut-être aveugle, mais là elle est aussi imbécile. Quatrièmement, le gouvernement exige que chacun soit responsable de la sécurité de son réseau pour éviter d'être accusé simplement si son réseau wifi est piraté, mais cette sécurisation est hors de portée de bien des gens. Quand on voit
Albanel déclarer qu'open-office (suite bureautique) est un pare-feu, elle donne elle-même l'illustration flagrante de l'ignorance de la chose informatique. Et exiger l'installation par les citoyens d'un logiciel mouchard non-interopérable (c'est à dire non utilisable sur toutes les machines, tous les systèmes d'exploitation), ou la mise en place d'un filtrage de l'internet avec établissement d'une
liste blanche de sites "autorisés par le gouvernement" c'est friser les pires scénarii à la "Big Brother".
Pour toutes ces raisons, il est plus que jamais temps de suivre les débats de l'assemblée, car ils détermineront le futur de l'internet français.
