Certaines fois, la vraie aventure commence après le jeu de rôle.
Ce que nous pourrons dire, c'est que le trajet de ce soir, entre Lausanne et chez nous, ne nous aura pas couté beaucoup d'essence. Tout commença lorsque, peu avant la sortie de l'autoroute qui contourne Lausanne, la voiture émit un bruit bizarre. Je constatai alors que bien qu'appuyant sur l'accélérateur, la vitesse décroissait régulièrement, et voilà un bon motif pour squatter la voie d'arrêt d'urgence.
À peine le contact coupé, la vérité nous sauta au visage avec une fumée acre sortant du capot. À peine le temps de le dire, et nous étions dehors, avec armes et bagages, sur le tallus.
Jusque là, c'est ennuyeux, mais banal, ça arrive à des tas de gens tous les jours. Mais nous avions décidé de faire mieux. Nous avions oublié mon sac à main et la sacoche de Léo chez l'amie qui nous hébergeait pour le jeu de rôle. Pas de portable. Pas de papiers. Pas de carte grise.
Là ça commençait à devenir intéressant.
Qu'à cela ne tienne, nous nous étions arrêtés près d'un panneau indiquant "police, 800m", il suffisait de marcher un peu. En outre, nous espérions bien trouver une borne de secours d'ici là. En avant.
Eh bien je peux vous dire que les autoroutes suisses ne sont pas du tout aménagées pour que l'on puisse marcher au bord. Déjà, il n'y a pas de glissière de sécurité, à part à certains endroits (ponts etc), donc impossible de se dire "on va marcher derrière la barrière". Nous avons donc escaladé le tallus, pour marcher au sommet, et longer la route de cette manière. En jupe et sandalettes pour moi, chaussures en toile pour Léo, dans les hautes herbes et le sol inégal détrempés, et dnas le noir presque absolu, ce fut... intéressant (surtout quand Léo dégringola de l'autre côté du tallus jusque dans un champ, perdant le carnet de la voiture au passage, qu'il fallut retrouver dans le noir).
Lorsque la borne de secours se révéla hors service, ça devint carrément drôle.
Nous avons donc continué, jusqu'à ce que l'autoroute, formant un pont, se rétrécisse au point qu'il ne soit pas possible de marcher sur le bord. Nous avons donc enjambé la clôture de l'autoroute, longé la première route (déserte évidemment, en pleine cambrousse, pas une cabine téléphonique, des champs partout...), puis nous avons continué au jugé, en espérant retomber sur l'autoroute, et donc le poste de police, un peu plus loin.
À l'horzon, l'orage.
Environ un quart d'heure de marche rapide plus tard, nous étions enfin revenus dans des contrées civilisés, et demandâmes notre chemin à un passant promenant son chien (je ne vous raconte pas à quoi on devait ressembler...). "Le poste de police? Ben, le plus proche ferme à 16 heures, mais il y a la police cantonale au bord de l'autoroute... À quelle distance? Environ 800 m..." Nous voilà repartis.
Heureusement, trouver le poste de police cantonale ne fut pas trop dur. Une policière nous accueillit gentiment, et appella pour nous le TCS (l'organisme le plus populaire en Suisse pour ce genre de situation, vous dépanne partout, tout le monde est abonné). Puis on nous reconduisit à notre voiture (même pas de ceinture à l'arrière pour moi dans la voiture de police).
Bon, ça ne fume plus. "Vous savez que le triangle de sécurité est obligatoire?
- Oui, nous étions sûrs d'en avoir un, mais... blablabla..."
Et les flics nous laissent là, tous seuls, revenus au point de départ, à attendre la dépanneuse. "Et puis vous savez, le dépanneur ne vous emmènera sans doute pas jusqu'à Oron, il faudra prendre un hôtel...
- Mais on n'a même pas de portefeuille!
- Bah, vous vous arrangerez.
- Merci."
Attendre...
Heureusement pour nous, le dépanneur, après avoir diagnostiqué sur notre char une fuite d'eau, et suspecté un problème de joint de culasse, accepta de nous remorquer jusqu'à la maison. Avec un câble élastique. Avec les montées et les descentes qu'il y a par chez nous...
Bref, à environ 3h du matin, nous étions couchés, chez nous, et la voiture dormait au garage Opel le plus proche. Heureusement qu'on avait fini la partie de jeu de rôle tôt...