"Ceinturée, corsetée, flagellée : la science étouffée !"
La science va mal.
Pas la science en elle-même, mais ce que prévoit d'en faire le gouvernement, un simple outil au service de l'économie, de la productivité. Adieu, recherche fondamentale, adieu recherche pour la connaissance, la compréhension du monde!
Notre gouvernement a décidé que le savoir pour lui-même ne rapportait pas d'argent, sans se demander si il n'était pas lui-aussi utile à la recherche appliquée. L'histoire dément, pourtant, et les exemples de découvertes fondamentales, en dehors des champs appliqués, mais conduisant à des apports révolutionnaires à ces derniers, ne manquent pas. La recherche sur le cancer (pour ne citer qu'elle) n'irait pas loin sans la recherche sur le développement, la biologie cellulaire, qui ne mènent pourtant directement à aucune application.
L'association "Sauvons la recherche" a lancé un appel aujourd'hui, dont voici un extrait :
Nous voulons tout d’abord vous informer de l’extrême gravité des menaces qui pèsent sur le monde académique. Nous vous demandons ensuite de relayer ces informations auprès de votre famille, vos amis, vos élus. (...) Le gouvernement est en effet en train d’essayer de mettre l'enseignement supérieur et la recherche sous son contrôle direct et au service de l'économie, incapable de comprendre que la science n’est pas un simple outil technique de production de richesses.Comme en 2004, une grève adminstrative massive des chercheurs est annoncée. Si c'est pour sauver la recherche fondamentale, il faut bien ça, parce qu'à ce train, ce n'est pas demain la veille que la France redeviendra accueillante pour les chercheurs (et, oui, je parle pour moi, ma branche la biologie fondamentale étant particulièrement visée). Je me souviens des discussions avec des amis au moment des dernières élections. "De toutes façons, rien ne changera" disaient-ils.
Françoise Héritier, professeure au Collège de France, répond à cette conception: "Même des sciences humaines et sociales, on attend qu'elles rapportent ! Des bénéfices existent, mais ils sont de l'ordre de la compréhension et de la connaissance, ce qui est déjà énorme. Personne ne peut évaluer la valeur marchande de l'œuvre de Lévi-Strauss."
De même Albert Fert (prix Nobel de Physique 2007) déclare: « Les chercheurs doivent être conscients des problèmes de société… mais on ne peut pas imposer une finalité stricte à la recherche ». Mais le gouvernement ignore ces évidences et continue sa marche forcée. Aujourd’hui, il a décidé de s'attaquer au CNRS, organisme de recherche de réputation internationale, car celui-ci pouvait jusqu'à aujourd'hui conduire une politique scientifique élaborée par des chercheurs et non par des politiques.(...)
[mode ironique-on] En effet... Entre ça et la riposte graduée... [mode ironique-off]