Noyées!! Noyées mes pauvres mouches!!
Ce matin, au saut du lit, le téléphone a retentit. C'était la technicienne du labo. Une coupure de courant était prévue pendant deux heures aux aurores, et elle a provoqué l'arrêt de la machine qui sert à maintenir l'humidité de la chambre des mouches. Au lieu de cracher de la vapeur, la dite machine s'est mise à suinter de l'eau, qui a coulé... juste sur mes tubes de mouches, qui étaient, comme par hasard, les seuls à se trouver en dessous!
Certains contenaient un centimètre d'eau, mais heureusement la plupart avaient juste eu le bouchon imbibé. Heureusement, notre super technicienne a sauvé toutes mes mouches, en les mettant sur mon conseil dans une cage à population avec des tubes frais (une grande boîte de 50 cm de long environ). Tout est donc bien qui finit bien.

Cet après midi, j'ai fait ma première expérience dans nos nouveaux locaux. Un truc tout simple pour améliorer l'un des tests d'apprentissage des mouches. Eh bien... Il n'est pas pratique du tout de faire un manip à une table sous laquelle on ne peut pas glisser les jambes! Quelle idée de mettre des placards sous les tables de manip... Les personnes qui designent ce genre de meuble ne doivent jamais s'en servir...

En fin d'après midi, alors que j'avais quasiment fini ma petite expérience, un de mes collègues a commencé à cuisiner du jus de fruit mélangé à de l'agar (un extrait d'algue qui permet de fabriquer des gelées), également pour tester les capacités d'apprentissage de ses mouches. J'avais toujours eu dans l'idée qu'en mélangeant de l'agar avec du jus de fuit, et peut-être un peu de sucre, on aurait pu faire des super bonbons. Et voilà que mon collègue me propose de goûter à sa cuisine. "C'est super bon", renchérit un troisième larron du labo (on va l'appeller "collègue 2") et se léchant les babines. "Je viens d'y goûter, on dirait des bonbons".
Vous me connaissez. Je n'accepte jamais les bonbons des inconnus. Mais bon, j'avais déjà eu l'occasion plusieurs fois de dîner chez mon collègue 1, et c'est un cordon bleu.

Donc j'ai goûté. Et j'ai filé jusqu'à l'évier pour tout recracher (pourtant, j'avais goûté du bout de la langue), et me rincer la bouche, sous les éclats de rire de l'autre andouille.
"Mince, c'est super amer, l'agar" dis-je déçue que ma super idée de bonbons ne soit pas réalisable.
"Alors, c'était bon? demande le collègue 2 en sortant de la chambre climatisée des mouches.
- Nan c'est dégueu.
- Ah bon? (très étonné)
- Oui, mais quand je te l'ai fait goûter à toi, reprend le collègue 1, je n'avais pas encore ajouté la quinine!!"
Gros éclat de rire (sauf de moi... --' )

Ben oui, j'aurais dû m'en douter. Dans le test d'apprentissage au jus de fruit, on fait apprendre aux mouche l'association entre l'odeur d'un jus de fruit et l'amertume de la quinine... L'agar n'a pas de goût, il sert juste à ce que le jus de fruit soit assez ferme pour qu'elles se balladent sans s'y coller.
Mon collègue 1 m'a avoué par la suite qu'il avait fait le même tour quelques jours avant au collègue 2, et que lui-même avait également goûté, "pour savoir ce que ressentaient les mouches sur ce milieu".

Et voilà. Moralité : toujours se méfier des bonbons qui ne sont pas enveloppé dans un petit papier. ;-)
Enfin, le plus fort, dans cette histoire, c'est que, sachant que les goûts ne sont que des interprétations de notre cerveau, des organismes aussi différents que des mouches et des humains aient la même aversion naturelle pour une même substance, la quinine.