Je viens de découvrir un savoureux article du Monde Diplomatique, daté d'aout 2008. Il s'agit de dresser un portrait des média et de leur rapport à la culture, et ce portrait n'est guère flatteur. Du coup, comme rien n'a changé depuis, si ce n'est en pire, cet article reste donc totalement d'actualité et parfaitement jouissif. Je n'ose pas dire qu'il est exagéré, parce que de toutes façons, nous avons renoncé depuis longtemps à la télévision, au profit d'une sélection parcimonieuse que quelques programmes en DVD ou sur le net. Voici le lien : La machine à abrutir. Extraits choisis :
"Chacun a le droit de se détendre devant un spectacle facile. Mais, au point où en sont arrivées les émissions dites de « divertissement », il ne s’agit plus d’une simple distraction. Ces images, ces mots plient l’esprit à certaines formes de représentation, les légitiment, habituent à croire qu’il est normal de parler, penser, agir de cette manière. Laideur, agressivité, voyeurisme, narcissisme, vulgarité, inculture, stupidité invitent le spectateur à se complaire dans une image infantilisée et dégradée de lui-même, sans ambition de sortir de soi, de sa personne, de son milieu, de son groupe, de ses « choix ». (...)
Si les médias des régimes totalitaires parviennent, dans une certaine mesure, à enchaîner les pensées, ceux du capitalisme triomphant les battent à plate couture.""Le plus important, ce sont les gens qui tapent dans des balles ou qui tournent sur des circuits. (...) Il y a toujours une coupe de quelque chose. « On la veut tous », titrent les journaux, n’imaginant pas qu’on puisse penser autrement. L’annonce de la non-sélection de Truc ou de Machin, enjeu national, passe en boucle sur France Info. Ça, c’est de l’information. (...)
Afin d’animer le débat politique, les journalistes se demandent si Untel envisage d’être candidat, pense à l’envisager, ne renonce pas à y songer, a peut-être laissé entendre qu’il y pensait. On interpelle les citoyens dans les embouteillages pour deviner s’ils trouvent ça long. (...) Ça, c’est de l’information."
Histoire de voir que l'information, on peut quand même en trouver quand on la cherche un peu, on enchaîne avec une petite revue de blog hétéroclite qui vaut son pesant de Monde Diplo (ou plus).
Pour commencer, un article de C'est la Gêne consacré à la révolte tunisienne, qui fait suite à l'immolation par le feu d'un jeune homme il y a trois semaines. En a-t-on parlé au 20h? Peut-être. Je ne sais pas. Mais si on en a parlé, je doute que ce soit en ces mots (et il y a une série d'articles de presse en lien pour creuser). Hop, on cite:
"Nous sommes en train de vivre un moment historique, et il me parait impensable que les principaux médias français ne s’en fassent pas l’écho. Il me paraît inimaginable que France 2, TF1 ou M6 ne soient pas en alerte permanente pour des événements qui secouent un pays qui a donné à la France une partie non négligeable de sa population. Un peuple entier est en train de se libérer. De se lever et de reprendre le contrôle de sa destinée. Un peuple qui en est là aujourd’hui parce que la France coloniale s’est mise sur son chemin, il y a de cela un siècle.
Et il faudrait faire comme si de rien n’était?"
Ensuite, rendons-nous sur le blog de Maître Eolas, qu'on ne présente plus. Et de son dernier prix Busiris, qui récompense l'ennonciateur de la plus grosse ânerie juridique du moment. Aujourd'hui, c'est Eric CIotti qui dit que "Télécharger des images pédopornographiques, c’est un délit pénal. Émettre des images pédopornographiques, c’est un délit. Donc c’est pour cela qu’on n’a pas mobilisé un juge ; parce qu’on nous fait la critique que le filtrage il sera par une autorité administrative." Oui, hein. Quand même. Vous avez bien lu. Le monsieur il dit que quand on est face à un délit pénal, il n'y a pas besoin de juge. Pour le juger et le punir si besoin. Bigre. Donc en fait, la justice, les tribunaux toussa, c'est un truc complètement inutile. Flûte. Tant d'argent dépensé pour rien. Petite citation :
Éric Ciotti réussit ainsi, sans échauffement (mais on me dit qu’en fait, il serait toujours chaud), à prendre la raison d’être du juge pour justifier qu’on se passe de lui, piétinant au passage la séparation des pouvoirs. Quand on sait qu’en l’espèce, c’est un député, membre du législatif, qui justifie que l’exécutif empiète sur le judiciaire, on se dit que ce prix Busiris mérite la mention Haute Trahison.
Bon,et puis comme je ne résiste pas à la tentation de critiquer un peu la LOPPSI 2, qui ouvre donc la porte à la censure massive de l'internet en France, et dont il était donc question ici, je ne résiste pas au plaisir de citer un des commentateurs d'Eolas, qui fait une merveilleuse analogie:
"Citoyens, certains d’entres vous sont incapables d’utiliser un couteau à huitres sans se blesser. J’ai par conséquent décider d’interdire intégralement la vente de couverts!"
Pour finir, voici un article à lire en prenant son temps. Il est très long, très dur, comme beaucoup d'articles du blog de Maître Mô, mais il est également très instructif (quand je dis "dur", je pèse mes mots. Les horreurs qui sont décrites ici dépassent ce que j'ai jamais lu ou vu dans les films jusque là).
Et je me découvre une admiration sans borne pour les gens tels que Maître Mô : ce qui défendent les réprouvés, lesquels, dans une conversation entre "gens normaux", sont systématiquement rejetés, dépouillés de leur statut d'êtres humains. Peut-être que si il y avait plus de gens comme Mô, de gens qui font tout ce qu'ils peuvent pour les comprendre, et les faire avancer, à leur niveau, il y en aurait un peu moins, des réprouvés.


